Rencontre avec la famille Rugendo

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La nuit a été mouvementée en raison de quelques nausées probablement liées à un léger mal des montagnes … ou à l’impatience de retrouver les gorilles !

On est réveillé à l’aube, ce qui nous laisse encore du temps pour regarder les nuages passer sur le Mikeno avant de prendre notre petit-déjeuner à 7h.

Après avoir avalé de quoi tenir le trek qui nous attend, Ruth et Pierre, un autre garde du parc, viennent nous chercher pour le brief. Ce matin, nous partons à la rencontre de la famille Rugendo. C’est un groupe de gorilles tristement célèbre suite au massacre de 4 de ses membres en 2007. Aujourd’hui, la famille est menée par Bukima et se compose de 8 gorilles dont 3 dos argentés, 1 dos noir, 1 femelle et 3 petits.

On quitte le camp à pied. La montée n’est pas trop forte mais le rythme est soutenu. On traverse les champs cultivés pendant une bonne heure avant de passer les barrières électrifiées du parc. La végétation est extrêmement dense et les fourmis rouges sont omniprésentes.

Les gorilles ne sont plus très loin… On enfile les masques. On découvre le nid de la nuit précédente et on piste tous les signes de leur avancée. Puis, ça y est, on aperçoit une imposante boule de poil, planquée dans les bambous. Ce moment est aussi magique que la dernière fois, lorsque nous avions rencontré la famille Nkuringo en Ouganda et la famille Hirwa au Rwanda, la même émotion, la même hâte de croiser leur regard.

Devant nous se trouve Bukima, Noël le dos noir, et un des juvéniles. Dernière nous, Baseka, le 2e silverback, se gave tranquillement de bambous. On reste quelques instants avec eux avant de rejoindre plus loin Janja et son bébé, paisiblement allongés au soleil. Janja ne semble pas vouloir bouger de là mais le petit est nettement plus agité et affamé, en plus d’être drôlement mignon :) Ils nous quittent pour retourner à l’ombre et sont rejoints par le 2e juvénile qui vient jouer avec le bébé de Janja, pas mécontente d’avoir un peu la paix. Elle reste plongée dans ses pensées qu’on aimerait tellement connaître !

On retrouve Bukima en train de manger des bambous à son tour. Il inspire drôlement le respect Bukima… tout en transmettant tellement de douceur et de bienveillance. On poursuit les présentations avec Mastaki, le 3e juvénile et Kongomani, le 3e dos argenté, qui nous charge gentiment ! Ruth a reculé pendant que Pierre nous explique que les gorilla doctors sont venus il y a quelques jours parce que le groupe souffre d’un rhume. Il semble que Kongomani ait très peu apprécié la piqure dans les fesses :))

L’heure passe à toute vitesse et il faut déjà quitter nos précieux gorilles.

Au camp, Jean de Dieu nous challenge sur l’ascension du Nyiragongo. En 8 jours peut-être mais certainement pas en 8h ! Il est temps pour nous de quitter Bukima. On salue, émus, Jean de Dieu et Emery avant de remonter en voiture avec Sylva et Ruth en direction de Rumangabo.

Chronique d’une famille emblématique des Virunga

L’histoire de la famille Rugendo témoigne tristement de l’impact des affrontements militaires et des conflits avec les populations locales sur la survie des gorilles. Voilà leur histoire.

1997

La famille Rugendo est dirigée par le silverback du même nom et comprend 18 membres : 2 dos argentés (Rugendo et son fils Humba), 1 dos noir du nom de Senkwekwe, 8 femelles adultes, 1 femelle juvénile et 6 petits.

1998

Une lutte entre Rugendo et son fils provoque la division du groupe et seulement 8 membres restent avec Rugendo (Senkwekwe, 4 femelles adulte et 3 petits).

1999

Naissance de Katembo et Neza alors que Senkwekwe devient dos argenté.

2001

Une rébellion agite violemment l’est du Congo. De nombreux combats ont lieu dans la zone où vit la famille Rugendo. Le 15 juillet, les gorilles sont pris dans les affrontement et Rugendo est abattu. Son jeune fils Senkwekwe prend la tête de la famille.

2002

La famille perd Kidole, une femelle partie rejoindre un autre groupe, et Safi et son petit disparaissent.

2003

Le groupe ne compte plus que 6 membres après la mort du petit Bahati, tué par la population locale alors qu’il se trouvait dans un champs de maïs. La famille compte néanmoins deux nouvelles naissances dont Noël, arrivé un 24 décembre, faisant revenir le groupe à 8 membres.

2004

La famille Rugendo perd une de ses femelles, partie rejoindre un autre groupe.

2005

La famille remonte à 10 membres, puis à 11 en 2006.

2007

Le groupe compte désormais 12 membres avec la naissance de Ndeze. Mais la famille subit une attaque durant laquelle 3 femelles adultes, Safari, Mburanumwe et Neza ont été abattues, ainsi que Senkwekwe. Machibiri et son enfant Ntaribi ont également disparues.

Après le massacre, Kongomani, encore dos noir, a pris soin de sa petite sœur Ndeze, devenue orpheline. Mais sans lait, la petite ne pouvait pas survivre. Les vétérinaires sont intervenus pour endormir Kongomani et secourir Ndeze qu’ils ont emmenés à Goma où se trouvait un autre petit gorille orphelin : Ndakasi.

A la fin de cette période de guerre, un orphelinat a été construit à Rumangabo, sous le nom de Senkwekwe Center où les 2 gorilles ont été rejoints par Maisha et Kaboko, 2 autres orphelins alors soignés au Rwanda.

Malheureusement, Kaboko perda la vie pendant la rébellion du M23.

2016-12-02T14:09:26+00:00

4 Commentaires

  1. Georges 16 octobre 2015 à 7 h 36 min␣- Répondre

    Merci pour ce récit. Les photos sont, comme très souvent, très belles.

    • Julie & Vincent 16 octobre 2015 à 10 h 03 min␣- Répondre

      Merci Georges de passer nous lire :)

  2. Rivièrefox 17 octobre 2015 à 23 h 14 min␣- Répondre

    C’est super votre visite aux doux monstres ! J’ignorais qu’il pouvait y avoir plus d’un dos argenté dans une même famille ! ça remue de merveilleux souvenirs de nos nombreuses visites aux « frères » du PNKB de Bukavu.
    Merci pour ces récits simples et tellement vrais ! Bonne continuation dans votre (re)découverte des régions et populations de cette Afrique envoûtante !

    • Julie & Vincent 18 octobre 2015 à 13 h 37 min␣- Répondre

      Salut Michelle ! Oui, cette Afrique là nous a totalement envoutée et nous regrettons de ne pas être allés jusque Kahuzi-Biega. C’est malin, il faudra donc qu’on y retourne ;-)

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