« Chaque touriste qui visite les Virunga
apporte sa contribution »
Emmanuel de Mérode, directeur du parc

Le parc national des Virunga se situe à l’Est de la République Démocratique du Congo, dans la région du Nord Kivu, et a été créé en 1925 sous le nom de parc Albert. Il est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979 pour son exceptionnelle biodiversité. Le parc est en effet composé de forêts, de savanes, de fleuves, de lacs, de marais, de volcans et même de glaciers. Il abrite par conséquent une faune incroyablement diversifiée dont des espèces endémiques et rares comme les gorilles des montagnes ou les okapis.

On peut y compter :

  • 2000 variétés de plantes
  • 220 espèces de mammifères
  • 700 espèces d’oiseaux
  • 22 espèces de primates dont 3 espèces de grands singes (chimpanzés, gorilles des montagnes et gorilles des plaines de l’est ou gorilles de Grauer)
  • 119 espèces d’amphibiens

Depuis plusieurs décennies, l’Est de la RDC et le parc national des Virunga sont devenus un véritable champ de bataille faisant face à la progression de milices rebelles qui agitent régulièrement les régions du Kivu, au braconnage et aux ambitions d’une puissante compagnie pétrolière.

C’est dans ce contexte que les rangers et le directeur du parc défendent un projet fondé sur le tourisme qui assurerait la protection et la pérennité du plus ancien parc national d’Afrique et qui apporterait un développement et des revenus durables aux congolais. C’est aussi dans ce contexte que nous avons voulu apporter notre contribution.

Avant de partir, on s’est beaucoup documenté sur la situation du parc des Virunga et sur l’ensemble des défis auxquels les gardes sont confrontés. Voici en quelques mots ce qu’on a retenu de ce sujet vaste et complexe.

 

VIRUNGA_SITUATION

 

La rébellion du M23 ou le retour de la guerre

Très récemment, le parc a été confronté à la violence d’une nouvelle rébellion née en mai 2012 sous le nom de M23 et constituée de soldats de l’ancien mouvement du CNDP qui avait réintégré l’armée congolaise.

Les rebelles se sont emparés en premier lieu de la ville frontière de Bunagana, entre l’Ouganda et la RDC, stratégiquement indispensable à l’économie de la région. L’armée régulière, aidée par l’ONU, n’a pas pu contenir les rebelles qui ont continué leur offensive jusque Goma, en prenant également, en juillet 2012, les villes de Rutshuru et Rumangabo où se situe le quartier général du parc.

En décembre, le gouvernement accepte de négocier face à l’expansion du mouvement occupant désormais la capitale du Nord-Kivu. Mais les pourparlers s’enlisent. Il faut attendre février 2013 pour que la situation évolue grâce à la signature d’un accord par 11 pays africains prévoyant la non-ingérence des pays voisins dans le conflit et donnant un mandat offensif à l’ONU pour neutraliser, aux côtés de l’armée congolaise, l’ensemble des groupes armés sévissant aux Kivus.

En mai 2013, après 6 mois d’accalmie résultant de tensions internes au M23, les combats reprennent. Les rebelles reculent pour la première fois face à l’armée congolaise, soutenue logistiquement et stratégiquement par la brigade d’intervention de l’ONU. Fin octobre, les combats s’accélèrent sur différents fronts et voient la victoire des forces gouvernementales qui reprennent Bunagana, Rutshuru et Rumangabo.

Le 05 novembre 2013, le M23 est dissolu après 18 mois d’une guerre particulièrement violente. Malheureusement, la fin de ce mouvement n’est pas synonyme de paix dans les Kivus où de nombreux groupes armés continuent à semer la terreur auprès de la population.

Le Rwanda et l’Ouganda restent soupçonnés d’avoir orchestré et soutenu matériellement la rébellion du M23.

Le parc a réouvert ses portes au tourisme fin 2014. Depuis, le secteur des gorilles et du volcan Nyiragongo ne présente plus de problèmes d’insécurité.

Braconnage et destruction de la flore

Le parc des Virunga est aussi la cible des braconniers. Les éléphants y sont particulièrement menacés avec la recrudescence du trafic d’ivoire. Mais ce sont toute la faune et la flore qui sont concernées : pêche illégale, commerce de viande de brousse, occupation frauduleuse, déforestation…

La production illégale de charbon entrainant la destruction de la forêt constitue une très forte menace pesant sur le parc, situé dans une région très densément peuplée (400 habitants/km²). La population congolaise consomme en effet une grande quantité de charbon de bois pour la cuisine et le chauffage. Le bois est carbonisé clandestinement sur le territoire même du parc et des milliers d’hectares de forêt partent en fumée chaque année. La présence des groupes rebelles comme les FDLR et les Maï Maï aggrave la situation, cette activité étant une de leurs principales sources de financement.

Prospection pétrolière

Figurant au Patrimoine Mondial, le parc des Virunga n’est pas seulement menacé par la guerre mais fait aussi l’objet de convoitises pour ses ressources en pétrole.

Le projet a débuté en 2010 alors que le gouvernement congolais a attribué à plusieurs sociétés pétrolières, dont les français TOTAL et les britanniques SOCO, le droit d’explorer le pétrole sur des concessions empiétant largement sur les limites du parc, à l’intérieur et autour du lac Edouard.

Grâce à la mobilisation internationale, la RDC a suspendu les permis et Total s’est retiré du projet, tout en restant actif autour du parc. Malgré ses déclarations et au mépris des lois environnementales, la société SOCO a poursuivi ses activités dans le parc en s’adonnant à des actions d’intimidation sur les pécheurs du lac Edouard et en soudoyant des soldats de l’armée congolaise et de l’ICCN (Institut congolais pour la conservation de la nature) afin d’assurer leur sécurité dans une région occupée par différents groupes armés voulant récupérer leur part du gâteau.

La société pétrolière nie toutes les accusations malgré les nombreux témoignages faisant état de menaces et de violences perpétrées sur les habitants et le personnel de l’ICCN. La tentative d’assassinat d’Emmanuel de Mérode en Avril 2014 pourrait être liée à son combat contre la société SOCO. L’enquête est en cours. Le gouvernement congolais envisage toujours d’autoriser des activités de prospection pétrolière au sein des Virunga en modifiant les limites du parc.

Quel futur pour le parc des Virunga ?

WWF a démontré concrètement la valeur économique du parc national des Virunga dans un rapport publié en 2013 et qui conclue de la façon suivante :

SI LE PARC ÉTAIT GÉRÉ DE MANIÈRE DURABLE,
SA VALEUR ÉCONOMIQUE TOTALE POURRAIT DÉPASSER
LES 1,1 MILLIARD DE DOLLARS US PAR AN

WWF_VIRUNGA
Illustration extraite du rapport publié en juillet 2013 par le WWF
World Wide Fund for Nature (auparavant World Wildlife Fund), Gland, Suisse, en collaboration avec Dalberg.

 

Depuis 1996, 130 gardes du parc ont perdu la vie.